Une jeune fille sur trois au Mali porte les stigmates d’une tradition meurtrière
Chaque seconde, une fillette quelque part dans le monde hurle sous le couteau. Au Mali, ce cauchemar n’est pas une métaphore : 70% des filles de moins de 14 ans ont déjà subi l’excision. Un chiffre qui fait froid dans le dos, surtout quand on sait que 89% des femmes maliennes âgées de 15 à 49 ans en portent les séquelles. Mais derrière ces statistiques glaçantes se cache une lueur d’espoir : une jeunesse déterminée à en finir avec cette barbarie.
Pourquoi maintenant ? Parce que les chiffres ne mentent pas : malgré les campagnes, malgré les discours, l’excision reste une pratique ancrée. Et chaque jour de silence équivaut à des milliers de vies brisées. Mais aujourd’hui, une nouvelle génération refuse de se taire. Des jeunes Maliens et Sénégalais, armés de smartphones et de convictions, mènent une bataille sans précédent contre cette tradition qui tue.
« On nous a toujours dit que c’était une question de culture. Mais quand une fille saigne à mort après une excision, ou quand une femme ne peut plus accoucher sans risquer sa vie, est-ce encore une question de culture ? » lance Aïcha, 22 ans, bénévole dans une association anti-MGF à Bamako. Son combat ? Faire entendre la voix de celles qui n’ont pas le droit de parler.
Saviez-vous que 89% des femmes maliennes âgées de 15 à 49 ans ont subi l’excision ? Combien de vos proches en font partie ?
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Au Mali, l’excision n’est pas un tabou. C’est une norme. Une pratique si profondément ancrée que les familles la considèrent comme un passage obligé vers l’âge adulte. Pourtant, les conséquences sont dévastatrices : infections chroniques, fistules obstétricales, douleurs insupportables lors des rapports sexuels, et des milliers de décès chaque année. Les chiffres de l’OMS sont sans appel : 230 millions de femmes dans le monde portent les séquelles de cette mutilation.
Mais au-delà des chiffres, il y a les histoires. Celle de Fatoumata, 15 ans, qui a failli mourir après une excision ratée. Celle de Aïda, 30 ans, dont les cicatrices l’ont rendue stérile. Ou encore celle de Mariam, 45 ans, qui a perdu son bébé lors d’un accouchement compliqué à cause de son excision. Ces femmes ne sont pas des victimes passives : elles sont les visages d’une urgence humanitaire que personne ne peut plus ignorer.
Pourtant, le Mali reste l’un des pays les plus en retard sur la question. Contrairement au Sénégal, où l’excision est interdite depuis 1999, le Mali n’a toujours pas de loi claire et appliquée contre cette pratique. Résultat ? Les exciseuses opèrent toujours en plein jour, dans des arrière-cours ou des cases isolées, avec des couteaux rouillés et des mains sans gants. Et les familles, souvent pauvres et illettrées, continuent de croire que c’est le seul moyen de « purifier » leurs filles.
la jeunesse en première ligne : des héros ordinaires
Face à cette inertie, une nouvelle génération a décidé de passer à l’action. Des jeunes comme Khadidiatou Bodian, une agente de santé communautaire au Sénégal, qui sillonne les villages pour expliquer les dangers des MGF. Son arme ? La vérité. « Je leur montre des photos de femmes excisées, je leur parle des risques de mort, des souffrances à vie. Et peu à peu, les mentalités changent. » Son association, le Casades, a déjà convaincu des centaines de familles d’abandonner la pratique.
Au Mali, des groupes de jeunes se forment aussi. Ils organisent des ateliers, distribuent des flyers, et utilisent les réseaux sociaux pour briser le tabou. Leur méthode ? Parler aux jeunes, aux hommes, aux leaders religieux. Parce qu’ils savent que changer les mentalités passe par l’éducation, pas par les lois.
À qui cela profite-t-il ? Aux exciseuses, bien sûr, qui gagnent de l’argent en mutilant des fillettes. Aux familles qui croient encore que c’est un gage de respectabilité. Aux hommes qui veulent contrôler la sexualité des femmes. Mais surtout, cela profite à ceux qui veulent maintenir le statu quo : les chefs traditionnels, certains religieux, et les politiciens qui ferment les yeux par calcul électoral.
Qui en souffre ? Les femmes et les filles, bien sûr. Mais aussi leurs mères, leurs sœurs, leurs filles. Parce que l’excision est une chaîne de souffrance qui se transmet de génération en génération. Et aujourd’hui, des jeunes comme Aïcha refusent de perpétuer cette chaîne.
Les conséquences cachées : une société malade
L’excision n’est pas qu’un problème de santé publique. C’est un symptôme d’une société malade. Une société où les femmes sont considérées comme des propriétés, où leur corps est un champ de bataille pour des traditions dépassées. Une société où les hommes, souvent complices par ignorance ou par intérêt, ferment les yeux sur ces atrocités.
Et les conséquences sont multiples : des milliers de femmes stériles, des mariages forcés, des grossesses à risque, une mortalité maternelle élevée. Sans compter l’impact économique : des familles appauvries par les frais médicaux, des femmes incapables de travailler à cause de leurs séquelles, des filles exclues de l’école parce qu’elles sont « impures ».
Mais il y a pire : l’excision est un frein au développement. Comment un pays peut-il avancer quand la moitié de sa population est mutilée, quand des millions de femmes vivent dans la peur et la douleur ? Le Mali ne pourra jamais atteindre les Objectifs de Développement Durable s’il ne met pas fin à cette pratique.
L’espoir est-il encore possible ?
Oui. Mais à une condition : que la jeunesse prenne les rênes. Car les lois, sans éducation, ne suffiront pas. Au Sénégal, malgré l’interdiction de 1999, 43% des filles sont encore excisées dans certaines régions. Pourquoi ? Parce que la loi n’a pas changé les mentalités. Parce que les exciseuses continuent de travailler en secret. Parce que les familles préfèrent encore la tradition à la santé de leurs filles.
Mais il y a des signes encourageants. Des jeunes comme Khadidiatou Bodian, qui refusent de se taire. Des filles comme Aïcha, qui osent parler. Des hommes, de plus en plus nombreux, qui comprennent que l’excision n’est pas une question de virilité, mais de barbarie. Le changement viendra de ceux qui osent dire non. De ceux qui osent briser le silence.
Et si le Mali veut vraiment avancer, il doit écouter cette jeunesse. Parce que les jeunes ne sont pas l’avenir du pays : ils en sont le présent.
Mais au fond, une question persiste : combien de filles devront encore souffrir avant que le Mali ne se décide à agir ?





