Une course contre la montre pour sauver le poumon vert de Koula
500 hectares de forêt en sursis. À Koula, dans le cercle de Tominian, une bataille silencieuse se joue pour préserver ce qui reste du couvert végétal face aux pressions humaines et climatiques. Un projet ambitieux vient d’être lancé, mais son succès dépendra d’un équilibre fragile entre protection environnementale et survie des communautés.
Mais comment concilier protection stricte et besoins vitaux des populations qui dépendent de ces forêts depuis des générations ?
Un projet participatif face à l’urgence écologique
L’atelier de trois jours qui s’est ouvert à la mairie de Tominian marque le début d’une initiative cruciale. Les représentants de cinq villages – Batienso, Koula, Makuy, Kankorokuy et Yabara – planchent avec les autorités locales sur un plan de gestion durable. La méthode ? Une approche participative inédite qui associe directement les populations concernées.
« Nous ne pouvons plus attendre », confie un participant sous couvert d’anonymat. « Chaque année, des parcelles entières disparaissent, victimes de coupes sauvages ou de l’avancée des cultures. » Les chiffres officiels montrent en effet une régression alarmante du couvert forestier dans la région.
Gouvernance locale : le pari de la responsabilité partagée
L’innovation du projet réside dans sa structure de gouvernance. Des Commissions foncières villageoises et des Comités de gestion vont être créés pour surveiller les périmètres et prévenir les conflits. Une convention tripartite définira les règles d’accès aux ressources, avec un suivi sur cinq ans pour évaluer son application.
Mais cette belle mécanique se heurte à des réalités complexes : comment concilier protection stricte et besoins vitaux des populations ? Les forêts communautaires représentent souvent la seule source de bois de chauffe, de médicaments traditionnels et de revenus pour des familles entières.
Un laboratoire pour l’adaptation climatique
Au-delà de la préservation, le projet de Koula pourrait devenir un modèle d’adaptation au changement climatique. Les forêts jouent un rôle crucial dans la régulation des températures et la protection des sols contre l’érosion. Leur disparition aggraverait la vulnérabilité de toute la région aux aléas climatiques.
Le Cantonnement forestier de Tominian apportera son expertise technique, notamment pour le géoréférencement et le suivi écologique. Une mise en défens officielle est prévue pour septembre 2026, marquant le début d’une nouvelle ère pour ces écosystèmes menacés.
Mais la question qui taraude tous les acteurs reste sans réponse : jusqu’où peut-on restreindre l’accès aux ressources sans compromettre les moyens de subsistance des populations ? L’équation est d’autant plus complexe que les alternatives économiques manquent cruellement dans cette zone rurale.
Ce projet pionnier pourrait bien déterminer l’avenir de dizaines d’autres initiatives similaires à travers le Mali. Son succès ou son échec enverra un signal fort sur la capacité du pays à concilier développement rural et préservation environnementale.
Une chose est sûre : à Koula comme ailleurs, protéger la nature n’est plus un choix, mais une question de survie. Reste à savoir si les moyens mis en œuvre seront à la hauteur des enjeux.





